Thursday, January 14th, 2010 | Author:

Qui a une fois entendu parlé de Puerto Williams, ou encore d’Isla Navarino ? Pas grand monde à mon avis. Et pourtant, Isla Navarino c’est la dernière île habitée avant les célèbres îles du Cap Horn et l’Antartique, dont Puerto Williams est la seule et petite ville, cotière, de l’île.

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Par contre, tout le monde a déjà entendu parlé de la ville la plus au sud de la planète : Ushuaïa, en Argentine. L’Argentine et son marketing “End of the World” ont réussi à faire croire à une très grande majorité des gens qu’Ushuaïa est la ville la plus au sud. Oui, mais non !

C’est simplement faux, et il suffit pour s’en convaincre de regarder une carte. En1998, une “guerre” entre le gouvernement chilien et argentin au sujet de la ville la plus au sud du monde fût lancée par un article écrit par un comité chilien ET argentin. Mais le gouvernement argentin l’a refusé. Et pour cause, au niveau touristique, pouvoir utiliser le slogan “La ville du bout du monde” est très vendeur !

Mais rassurez-vous, je n’y suis pas allé pour cela. La raison principale est encore pour y faire une randonnée, mais cette fois-ci, beaucoup moins touristique. Et pour cause, pas de refuges ou d’autres facilités (toilettes, habrits, etc.). Rien du tout, même pas de chemin tracé, à part quelques balises de temps en temps. Autant dire, un sens de l’orientation développé avec une bonne carte et sa boussole sont plus que nécessaire.

Toujours selon le Lonely Planet – Trekking in the Patagonian Andes (la référence dans le domaine à mon avis), cette randonnée est “moderate – demanding”, mais aussi annoncé comme l’une des plus difficiles qu’il est possible de trouver dans le guide, qui en compte quand même 32 différents. D’après ce guide, il faut compter 5 jours et 4 nuits pour faire la boucle, avec un départ et une arrivée à Puerto Williams. Et comme je suis plus “demanding” que “moderate”, JB et moi-même avons décidé d’ajouter une étape supplémentaire. La visite du Lago Windhond, le dernier lac avant le passage de Drake et les îles du Cap Horn. Un “side trip” annoncé de 5 heures (aller seulement), soit environ 10 heures avec le retour…

# Jour 1

Grâce à Cecilia et sa cuchufleta (sa voiture), le trajet jusqu’au vrai départ de la randonnée a été un peu réduit, puisqu’elle nous a déposé à l’entrée du parc national. J’aimerais en profiter pour la remercier, j’ai passé un agréable séjour dans son refuge El Padrino, que je recommande à tout le monde.

Départ sous la pluie pour rejoindre le Cerro Bandera à 550 mètres d’altitude (le départ se fait au niveau de la mer), où un vieux drapeau chilien flotte au vent. Puisqu’il y a un chemin, cette première partie est assez facile, mais le chemin est boueux (mais rien n’avoir avec le reste de la randonnée…) et beaucoup de vieux troncs d’arbres couchés ne facilitent pas l’avancée.

Puis commence le vrai parcours : plus aucun chemin et surtout des passages difficiles. Après avoir longé le flanc d’une montagne, je redescends afin d’arriver au Laguna del Salto.

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Normalement, Laguna del Salto aurait du être le premier camping (il n’y pas de camping officiel, juste des endroits recommandés pour poser sa tente). Bouclé en un peu plus que 2 heures (alors que ce parcours est estimé à 4h), je décide de continuer pour deux raisons. La raison principale est simplement qu’on ne peut pas se permettre de suivre le planning suggéré, car nous avons prévus de faire la randonnée en 5 jours, y compris le side-trip jusqu’au Lago Windhond, qui prend à lui seul une longue journée. La deuxième, le terrain est totalement détrempé et je ne m’aurais pas vu planté ma tente à cet endroit.

Courte pause, étant complétement mouillé (il pleut depuis le départ), s’arrêter plus de 10 minutes, c’est risquer de prendre froid, et vu les températures à peine au-dessus du zéro, marcher est la seule solution pour ne pas tomber malade.
Après quelques minutes à chercher le chemin, je le trouve finalement…un parcours très raide, boueux et gorgé d’eau à cause des précipitations. Avant d’arriver au Paso Australia (805 m), la boue se transforme en neige, une neige encore très présente.

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Puis en redescedant, je découvre un petit lac, en partie gelé avec une glace de couleur bleu foncé. Magnifique ! Puis je continue ma route en direction du prochain passage, Paso de Los Dientes. Autant dire, ca ne fait que monter et descendre tout le temps.

Finalement, en milieu d’après-midi, nous trouvons un très bon endroit pour planter notre tente. A une minute à pied d’un lac pour nos besoins en eau, et surtout juste à côté d’un immense rocher, qui nous permet de se protéger de la pluie, du vent et d’avoir un endroit au sac pour y faire un peu. Un vrai camp de base !

Grâce au feu, chaussures et habits mouillés ont séchés durant la soirée, une très bonne nouvelle avant de continuer ma route le lendemain.

# Jour 2

La fameuse journée qui ne fait pas partit du Dientes de Navarino, mais d’une autre randonnée appelé Lago Windhond. Départ au alentour de 10 heures, avec un sac pour deux allégé, afin d’y le minimum vital (eau, trousse de secours, veste thermique, nourriture et réchaud).
Avant de partir, j’avais entendu parlé des problèmes que cause les castors dans le sud de la Patagonie, aussi bien en Argentine qu’au Chili. Pour la petite histoire, les castors en provenance du Canada ont été introduits en 1946 dans la région Terria Del Fuego (Terre de feu), région tout au sud de l’Argentine (où se trouve Ushuaïa). L’idée était d’en faire un commerce grâce à leur fourrue. Mais ce fût un échec total : les températures n’étant pas aussi froides que dans le nord du Canada, les castors se sont retrouvés avec une fourrue quasi-inexistante. Et comme cerise sur le gâteau, les castors se reproduient jusqu’à poser de gros problèmes écologiques. Et oui, un castor ca coupe les arbres pour faire des barrages, qui ensuite crée des lacs qui innondent des régions complètes. Et comme les castors n’ont pas les prédateurs qu’il peut y avoir au Canada (ours, loup ou autre lynx), ils sont encore une belle vie dedans eux.
Et avec le temps, les castors ont réussi à traverser le canal de Beagle, le célèbre canal qui relie l’océan Atlantique à l’océan Pacifique, et qui sépare par la même occasion l’Argentine du Chile.

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Et si après tout cela, vous s’y croyez toujours pas, il vous suffit de jeter un coup sur une carte. Beaucoup de lacs sont inexistants, pour la simple et bonne raison qu’ils ont été crées ces dernières années par ces sales bêtes (à force d’avoir les chaussures dans l’eau à longeur de journée donc les pieds mouillés, je vous assure que vous ne voyez plus les castors de la même façon !). Plus d’informations ici.

Je m’égare, mais un peu seulement, tellement les conséquences des castors sont visibles et importantes.
Après une longue montée, j’arrive au sommet du mont Bettinelli, où il est possible d’apercevoir le Lago Windhond ainsi que la Bahía Nassau, et surtout les dernières îles du continent américain, le Cap Horn !

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C’est à partir cet endroit que commence les premières difficultés. Comme indiqué dans la brochure (voir mes conseils à la fin de ce post), les 400 prochains mètres sont dangereux. Pentes très raides avec précipice en contre bas, risques d’avalanches (et à cet endroit, il y avait encore beaucoup de neige, plus de 2 mètres), et surtout qu’un seul chemin. La brochure spécifie bien qu’il y en a qu’UN SEUL et que d’essayer un autre, ça serait prendre de gros risques. C’est toujours mieux de le savoir avant de commencer la descente, non ?

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En bas, un joli lac de montagne, entouré par la neige.

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Et comme vous pouvez le voir sur la photo ci-dessus, la pluie n’est pas loin. Epargné jusqu’à là depuis mon départ, la pluie fait son retour, pour mon plus grand bonheur…

Puis commence une nouvelle descente durant plus d’une heure à travers une luxuriante et humide forêt, qui rend le parcours très glissant. En bas, la traversée de la rivère Windhond est assez facile grâce à deux troncs d’arbres formant un pont.
La dernière partie n’a rien d’intéressant, et vous garantie d’avoir toujours les pieds mouillés : une longue traversée de marécages.

Finalement, après un peu plus que 4 heures de marche intensive, j’arrive au seul et unique refuge de ce parcours : le refuge Charles. Un vieux refuge, pas maintenu, au bord du fameux Lago Windhond qui nous permet de faire un bon chocolat chaud à l’abrit de la pluie et du vent.

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Tout en buvant mon brevage, je réalise que j’ai réussi à atteindre le point le plus au sud de la planète qu’il est possible de rejoindre à pied. Au loin, j’imagine les îles du Cap Horn, que j’avais précédemment vues au sommet du mont Bettinelli, et encore un peu plus loin, l’Antartique…tout un symbole !

Après une heure de pause, j’attaque le retour, qui se fera tout en montée jusqu’au camp de base, où nos tentes respectives nous attendent pour une nouvelle nuit, sous la pluie…

# Jour 3

La pluie et encore la pluie au réveil et au moment de faire mon sac pour une nouvelle journée. Durant toute cette journée, je n’ai pris aucune photo, non pas que mon appareil photo s’est mis en grève, simplement à cause de la pluie. Et plus la journée passe, plus il pleut fort. Une pluie interrompue !

Au moment de trouver un terrain de camping, autant pour JB que moi, une grosse galère commence. Totalement mouillé, veste, pantalon, chaussures, et mêmes sous-vêtements, je dois d’abord trouver un endroit pas gorgé d’eau. Et là, après plus d’une heure de recherches, je trouve enfin un emplacement potable pour nos tentes. La galère continue, monter sa tente sous la pluie, avec toutes ses affaires mouillées (ou presque, heureusement que j’avais des sacs étanches, mais qui part encore en randonnée sans sac étanche…).

La soirée sera courte, voir inexistante, puisqu’une fois dans nos sacs de couchage, personne ne resortira de sa tente, despéré d’avoir toutes ces affaires temprées…

# Jour 4

Le lendemain matin, en me réveillant, j’ai de la peine à réaliser…mais c’est une réalité : il s’est arrêté de pleuvoir, enfiin ! D’un coup, ma motivation resurgit en essayer de faire sécher mes affaires. Les quelques arbres et buissons au alentour sont requisitionnés. On aurait dit un camp de gitans…

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En milieu d’après-midi, j’arrive au début de la principale difficulté (physique) de la randonnée : l’ascension jusqu’au Paso Virgina. Une longue et difficile montée commence…la première partie se fait dans la boue, de la boue parfois jusqu’aux cuisses. Puis la boue laisse sa place aux rochers et cailloux, une avance plus facile qu’auparavant. Mais plus je monte, plus le vent se met à souffler, de puissances raffales qui vont jusqu’à me faire perdre mon équillibre.
Finalement arrivé au sommet, j’ai même le droit à une tempête de neige d’une rare violence. Et là, pensant avoir fait le plus difficile, je me suis en partie trompé. L’ascension est physiquement difficile, mais n’est pas dangereuse en tant que telle. Par contre, le descente, c’est une autre histoire. Regardez plutôt :

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La météo n’étant pas bonne, la photo est sombre…mais croyez-moi, la vallée est un immense couloir à avalanches, et contrairement à la photo dans la brochure, il y a encore beaucoup beaucoup de neige. La descente s’effectue sur la droite, dans des cailloux heureusement. Mais attention à ne pas glisser, la pente étant très raide !

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Difficile, mais pas dangereux si l’on descend gentillement. Une fois arrivé à la moitié, j’arrive sur un gros rocher, un endroit sûr pour effectuer une petite pause et faire un point carte, histoire de savoir où il faut passer. La première partie était clairement définie, si n’est pas le cas de la deuxième. Il n’y a simplement pas d’informations. Il faut se débrouiller…

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Le soleil faisant une brève apparition, j’en profite pour faire une photo. Le chemin se trouve sur la gauche du lac, mais pas moyen de longer celui-ci, le neige étant présente jusqu’au niveau du lac. Après analyse de la situation, je propose à JB de passer dans un premier temps sur la droite, histoire d’éviter la neige et l’immense couloir à avalanche. N’ayant pas d’autres choix (à part descendre dans la neige, avec un risque non nul qu’une avalanche se déclenche sous ses pieds), il décide de me lui suivre.
Mais avant de pouvoir descendre, il faut longer sur la droite, dans une pente très raide, remplie de gros cailloux. Un passage très très dangereux, tout spécialement avec nos gros sacs à dos. Les cailloux partant sous nos pieds, il faut faire très attention et bien choisir où l’on pose ses pieds. Sinon c’est la chute assurée, 100 mètres plus bas, dans le couloir à avalanche.
Je décide de passer le premier, JB attendant sagement que je me retrouve de l’autre côté. Dans ce genre de cas, il ne faut jamais se suivre, une chute ou une coulée de cailloux pouvant facilement emporter le deuxième. C’est au tour de JB, qui a plus de pleine, étant plus lourd que moi, il glisse sur quelques mètres deux ou trois fois. Mais gardant son calme, il arrive de l’autre côté sain et sauf.
La suite sera moins dangereuse, descendant dans les cailloux plutôt que dans la neige. Une vingtaine de mètres avant le lac, on décide de traverser dans la neige, histoire de se retrouver du côté gauche du lac, de là le chemin continue dans la vallée. Une fois arrivé au pied du lac, je suis soulagé, pensant en avoir fini avec les parties dangereuses.

Une quinzaine de minutes plus tard, après avoir fini longer le lac, le chemin continue sur le flanc d’une montagne, recouverte de d’herbes mouillés très glissantes et de neige. La pente est raide et surtout 50 mètres plus bas, un torrent déchainé descend la vallée. Tout en suivant JB de quelques mètres, tout d’un coup, mon pied glisse et moi avec. A cet instant précis, je me dis, c’est la fin, la neige recouvrant totalement le flanc de la montagne jusqu’au torrent. J’essaye de m’arrêter à l’aide de mes mains, mais rien n’y fait, il m’est impossible de récuperer mon équillibre, mon sac étant trop lourd. Tout se passe très vite, la chute continue jusqu’au moment où j’aperçois une cassure d’une dizaine de centimètres dans la neige. Je réalise qu’il me reste peut-être une petite chance, si j’arrive à l’attraper avec ma jambe. Mon pied gauche s’y engouffre et je prie pour que la neige tienne sous mon poids. Réussissant à m’arrêter, puis à me relever, je remonte les quelques mètres de ma chute, en espérant ne pas glisser à nouveau.
Finalement, je retrouve le chemin, puis rattrape JB…qui comprend ce qu’il vient de m’arriver. Il a même la sagesse de dire que la fin de cette randonnée, “c’est du grand n’importe quoi”. Tout en me remettant de mes émotions, je réalise ce qu’il vient de m’arriver…je ne suis pas passer loin d’y rester, définitivement.

Après cet incident, la fin de la journée sera proche, arrivé en bas de la vallée où un fort vent souffle. Comme signaler dans la brochure, à cause des raffales, il n’y pas possible d’y planter sa tente. Direction donc la forêt, où le vent est quasi-inexisant, la forêt protégeant de celui-ci.

# Jour 5

Au réveil, ENFIN du beau temps, après pratiquement cinq jours de pluie sans interruption. De la peine à y croire, mais la pluie et les nuages ont laissés place un beau ciel bleu. La fin de la randonnée se fait en forêt, jusqu’à rejoindre la route reliant Puerto Navarino à Puerto Williams.
De retour à Puerto Williams, le dîner sera des pates à la carbonara, sauce maison, environ 600 grammes à deux…que du bonheur !

Au final, cette randonnée restera dans les annales, c’est certain. A part trois personnes nous suivant le troisième jour, nous avons rencontré personne. Dommage pour la météo, mais c’est peut-être ces mêmes conditions météorologiques qui ont font que la randonnée fût si particulière. Sans oublier, la descente après le passage du Paso Virigina très dangereux. Mais comme je le dis toujours, no risk, no fun !

Pour ceux qui voudraient tenter l’aventure (car c’est vraiment une aventure), voici quelques conseils :

  • Ne PAS partir seul ! Durant 5 jours, si vous croisez une personne, il faut s’estimer heureux. Alors, s’il vous arrive n’importe quoi (une cheville cassée par exemple, ca me rappelerait presque une mésaventure sur Milford Track), vous avez le temps de voir mourrir tranquillement…
  • Même si j’ai rencontré quelques personnes qui ont eu du beau temps durant cette randonnée, les conditions météorologiques sont connues pour être mauvaises, voir très mauvaises (expérience faite !). Ne partez donc pas si vous n’êtes pas équipés de bons vêtements chauds, windstopper (qui ne laisse pas passer le vent) et surtout dry (séchage rapide). Des chaussures waterproof sont obligatoires, même si après la première journée vous aurez les chaussures mouillées (merci aux castors).
  • Le parcours de la randonnée est souvent difficile à trouver, car il n’y a pas de chemins. Ne croyez jamais être sur le bon chemin parce qu’il y a des traces. Beaucoup de gens se sont perdus maintes fois, il y a donc une forte probabilité que les traces proviennent de ces personnes. Je vous recommande donc les deux brochures du gouvernement, disponibles ici pour le Dientes de Navarino et ici pour le Lago Windhond. Elles contiennent une description plus que nécessaire.
  • Après le passage Paso Virgina, faite très attention, surtout s’il reste encore de la neige. Il est de fort risque d’avalanches et de chutes dans le torrent à cause d’un terrain très glissant.
Category: Chile, Trekking, World Tour
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One Response

  1. 1
    antho 

    Wahou !
    Encore un truc inoubliable !

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